
Adorable compagnon la journée, le chat peut transformer en véritable cauchemar les nuits de ses propriétaires. Miaulements incessants, griffades et grattages bruyants, vocalises désespérément sonores, déambulations sans fin, le petit félin déploie des ressources inépuisables pour se faire entendre. La qualité des relations entre le chat et ses propriétaires épuisés peut alors se dégrader au fil de ces longues nuits perturbées, jusqu'à remettre parfois en cause la présence de l'animal au sein du foyer. Pourquoi ces agitations nocturnes ? Et que faire pour retrouver des nuits sereines ?


Le chat : animal nocturne ?
Ni diurne, ni nocturne, le chat est un animal polyphasique. Il alterne phases d'éveil et de sommeil tout au long des 24 heures constituant une journée. Des "pics" d'activité peuvent se manifester, particulièrement au crépuscule et à l'aube, périodes propices à la chasse de petites proies. Le chat dans nos maisons et appartements s'adapte généralement plus ou moins au rythme de ses propriétaires, les journées étant notamment ponctuées par les départs et les retours du travail. Mais qu'ils soient libres ou qu'ils vivent en milieu clos, de nombreux chats conservent ce rythme polyphasique naturel. Et en l'absence de proies à attraper, les pics d'activité se traduisent parfois par le fameux "quart d'heure de folie".
De multiples causes aux agitations
Dans un premier temps, et avant d'envisager un problème comportemental, il convient de vérifier auprès d'un vétérinaire que l'animal ne souffre d'aucune pathologie ou trouble physiologique. La douleur pourrait en effet être ce qui le tient éveillé durant la nuit. Si le chat se déclare être en parfaite santé, il faut alors se tourner vers une explication comportementale.
Le manque d'activité et la "solitude" du chat vivant en milieu clos sont les principaux facteurs à l'origine des agitations nocturnes. Trop peu ou mal stimulé au cours de la journée, l'animal trouve enfin une source d'activité lorsque son propriétaire rentre du travail. Or, bien souvent, son compagnon humain est trop fatigué pour jouer, préfère passer la soirée devant le poste de télévision avant d'aller enfin se coucher. Voici minet frustré une nouvelle fois de toute interaction, et il va le faire entendre... parfois durant de longues heures nocturnes. Attention cependant à ne pas lui prêter des intentions de vengeance ! Gardons-nous bien de tout anthropomorphisme : le chat communique simplement sa demande d'activité et exprime un malaise lié à un manque de stimulation.
D'autres causes peuvent être la source de ces manifestations nocturnes : comportement sexuel chez les animaux non stérilisés, restriction territoriale ou accès à l'extérieur momentanément interdit, gamelle de croquettes désespérément vide, etc.
Enfin, il faut signaler le cas du chaton et celui du chat âgé où ce comportement peut exprimer un grand désarroi. Il en est de même pour les animaux souffrant d'anxiété profonde, voire de dépression.
Pour un retour au calme
Le premier conseil à appliquer est de ne jamais punir l'animal ni de le réprimander, aussi bien verbalement que physiquement. Pas de chausson ni d'oreiller jetés à la tête de minet ni d'isolement dans une pièce. Par ces agitations nocturnes, le chat exprime bien souvent une simple demande d'interaction voire dans certains cas une véritable détresse. Le punir ou crier après lui ne ferait que détériorer les relations, accentuer son mal être... et renforcer ses manifestations nocturnes !
Bien au contraire, le plus sûr moyen d'éteindre ce comportement est d'observer la plus grande neutralité. Qu'il s'accroche aux rideaux, qu'il fasse des bonds sur le lit ou qu'il miaule continuellement, il faut rester absolument impassible et ne jamais lui répondre. En effet, en répliquant à minet, on lui offre ce qu'il demande (enfin un peu d'action !), ce qui renforce sa motivation à poursuivre dans cette voie. Mais attention, devant une soudaine absence de réponse de ses propriétaires, le chat risque d'intensifier quelques temps son comportement. Il est alors indispensable de redoubler de persévérance et de ne pas céder jusqu'à ce que l'animal diminue ses agitations.
Enfin, proposer un cadre de vie respectueux des besoins éthologiques du chat et le moins stressant possible va très favorablement participer à une amélioration de la situation. Doit ainsi être pris en compte une bonne gestion de l'activité de l'animal, de sa prise alimentaire, de ses zones d'élimination, de repos, de ses postes d'observation et de griffades, etc.
L'aide du comportementaliste
L'apparition de comportements indésirables comme les agitations nocturnes peut être multi-causale, révéler un problème comportemental profond et être à l'origine de la détérioration du lien affectif entre le chat et son propriétaire. Une consultation à domicile auprès d'un comportementaliste permet de bien et mieux comprendre le comportement de l'animal et de lui proposer un contexte de vie plus adapté à ses besoins.
Ce professionnel est également apte à évaluer si le chat souffre de dépression ou d'anxiété profonde. Le conseil de neutralité absolue face aux agitations ne peut s'appliquer à certains chatons, chats séniors ou dépressifs, une grande souffrance émotionnelle se manifestant à travers ces comportements nocturnes. L'intervention d'un comportementaliste doit alors être envisagée afin de distinguer ce qui relève d'une mauvaise gestion de l'activité et de l'environnement du chat ou d'un malaise beaucoup plus profond.
Il n'y a pas de fatalité, une bonne analyse de la situation et des propositions bien adaptées au problème permettent de soulager le chat et son propriétaire... pour un retour à des nuits plus calmes et à une relation apaisée avec le petit félin.
Sophie Bohrt-Montagné
Comportementaliste spécialiste de la relation Homme/Chat
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