
En permanence en quête de nourriture, réclamant sa gamelle, présent lors des repas et collant jusqu'à ce qu'on lui cède, mon animal ne serait-il pas boulimique ? Pourquoi se comporte-t-il ainsi ? Que puis-je faire pour éviter que cet appétit « dévorant » ne lui cause des problèmes de santé ?


La boulimie, qui atteindrait 10 % des chats et probablement plus de chiens - déjà réputés pour être gloutons - résulte d'une perturbation de la régulation de l'appétit.
Normalement, la prise d'un repas s'accompagne d'un ensemble de signaux digestifs et cérébraux qui indiquent à l'organisme animal qu'il est repu : l'estomac est plein, les nutriments sont assimilés dans le tube digestif et passent dans la circulation sanguine ; diverses hormones sont sécrétées et communiquent l'information au cerveau.
Dans certaines situations, l'ensemble de ces messages est perturbé et le signal qui commande l'arrêt de la prise de nourriture n'a pas lieu ou n'est pas correctement interprété.
Dans la plupart des cas, la boulimie est à considérer comme un signe d'appel d'un trouble du comportement.
États anxieux et dépressifs
Tout d'abord, les états anxieux, notamment quand ils perdurent, s'accompagnent de boulimie. Le symptôme est présent chez 2/3 des chiens anxieux mais aussi chez les chats ! Il s'agit alors d'une activité que le chien a développée pour « s'occuper » et se rendre « intéressant » aux yeux de son maître. Généralement, la situation est bien tolérée par le maître qui ne s'en inquiète pas plus que cela et a même tendance à auto-entretenir le comportement de mendicité de son animal qui semble si malheureux... et pour cause : il souffre d'anxiété !
On comprend vite le cercle vicieux qui s'instaure et la mise en place involontaire de rituels alimentaires gênants et difficiles à corriger. Le don de nourriture est un outil de facilitation des rapports sociaux et un vecteur de l'affection que le maître porte à son animal.
Plus rarement, la boulimie est retrouvée chez les animaux dépressifs, suite par exemple à un traumatisme émotionnel (abandon, décès d'un être cher...). Souvent, dans ce cas, le comportement boulimique alterne avec des phases d'anorexie, tout comme chez certains individus ayant des troubles de l'humeur : les « dysthymiques ».
Troubles comportementaux ou physiologiques
La boulimie peut aussi être présente chez des animaux moins faciles à vivre. Ainsi, les animaux hyperactifs n'ont jamais appris à s'arrêter de manger lorsque le signal d'arrêt était donné ! Enfin, le chien instable hiérarchiquement présente souvent un comportement boulimique. Sa relation avec la nourriture et avec le maître qui la distribue est fortement perturbée : il mendie à table ou lors de la préparation des repas, réclame plus ou moins violemment ou bruyamment, et, au final, reçoit plus de nourriture qu'il n'en a physiologiquement besoin.
Certaines maladies peuvent être sources de boulimie : des maladies hormonales, d'ailleurs souvent associées à des troubles du comportement, le mauvais fonctionnement de la thyroïde ou d'autres glandes (cortisol, effets de la castration).
Nutrition et phytothérapie
La dérégulation de la satiété peut être aggravée par la nature de l'aliment proposé. Est-il bénéfique d'offrir une nourriture trop appétissante ? Il est clair que la mise à disposition dans le commerce d'aliments mieux formulés, plus nutritifs qu'auparavant, ne convient pas à un animal déjà boulimique.
Il existe toutefois des moyens nutritionnels de contrôler l'appétit : faire boire avant le repas ou ajouter des fibres alimentaires solubles (Psyllium, gomme de guar...) permet d'augmenter le volume ou la viscosité du bol alimentaire et retarde sa digestion.
En outre, certains remèdes de phytothérapie (Caralluma, Hoodia) sont capables de contrôler l'appétit et sont indiqués en cas de boulimie. Il existe aussi depuis peu des médicaments « coupe-faim » pour les chiens qui peuvent être mis à profit dans la prise en charge globale de l'obésité, sous contrôle vétérinaire.
Sans considérer que l'obésité et le surpoids seraient automatiquement dus aux troubles du comportement, la boulimie liée à une dérégulation de l'animal, à de mauvaises habitudes des maîtres ou à une nourriture inadaptée est la porte ouverte à la prise exagérée de poids.
